À quand l’arrêt de ces projets qui sacrifient la nature, la biodiversité, l’agriculture et, au final, notre qualité de vie ? A69, A412, bientôt RN88…
Je suis opposé au nouveau tracé envisagé entre Rodez et l’A75, notamment dans sa traversée du Causse Comtal.
Comment peut-on encore envisager de sacrifier des centaines d’hectares de terres agricoles et de milieux naturels au profit de kilomètres de bitume, d’asphalte, de talus, de buses, de ponts et d’ouvrages routiers ?
Le Causse Comtal n’est pas un espace vide que l’on pourrait traverser sans conséquence. C’est un territoire vivant, avec une géologie caractéristique, façonné pendant des siècles par l’agriculture et le pastoralisme.
Il abrite une biodiversité remarquable, avec des espèces rares ou à forts enjeux de conservation : Œdicnème criard, Pique-prune, Pies-grièches, Azuré du serpolet, Séneçon de Rodez, orchidées… et de nombreuses autres espèces liées aux pelouses et aux paysages caussenards.
À cela s’ajoutent des arbres parfois multiséculaires, qui étaient déjà là avant nos grands-parents et nos arrière-grands-parents, témoins d’une histoire et d’un paysage qui nous dépassent.
Plus récemment, la valeur de ces milieux a également été reconnue par la création et la labellisation d’espaces protégés, notamment au titre de Natura 2000.
Ne devons-nous pas le respect au vivant qui nous entoure, mais aussi aux femmes et aux hommes qui œuvrent depuis des décennies au maintien de ces paysages et de cette biodiversité ?
Le Causse Comtal est aussi le fruit d’une activité agricole et pastorale ancestrale. Son maintien dépend encore aujourd’hui du travail des éleveurs qui entretiennent ces milieux ouverts.
Nous devons garantir la pérennité d’une activité agricole responsable et durable sur ces territoires.
Des agriculteurs et de la nature sur le Causse, pas des routes.
Oui, on peut comprendre les besoins économiques et les enjeux de mobilité liés à une liaison efficace entre Rodez et l’A75, ainsi que la nécessité d’améliorer la sécurité et de réduire l’accidentologie sur cet axe.
Mais faut-il nécessairement créer une infrastructure entièrement nouvelle ?
L’alternative consistant à aménager la RD888 actuelle mérite d’être réellement étudiée, avec notamment l’amélioration de la sécurité, le traitement des carrefours et, lorsque cela est techniquement et environnementalement pertinent, le doublement de certaines sections.
La traversée actuelle de la vallée existe déjà. Elle constitue donc une infrastructure sur laquelle il est possible de s’appuyer, plutôt que de créer intégralement un nouvel axe à travers des espaces agricoles et naturels aujourd’hui préservés.
Certes, cette solution pourrait nécessiter le contournement de certains bourgs et ne permettrait probablement pas d’atteindre les mêmes temps de parcours que le nouveau tracé.
Mais faut-il systématiquement rechercher la solution la plus rapide, au prix d’une consommation foncière et environnementale beaucoup plus importante ?
Dans le monde actuel, tout doit aller toujours plus vite. Nous cherchons constamment à gagner quelques minutes, à rendre les déplacements toujours plus rapides, nos activités toujours plus efficaces et notre économie toujours plus performante.
Mais peut-être avons-nous aussi besoin de réapprendre à prendre un peu notre temps.
Quelques minutes de plus sur un trajet valent-elles réellement la destruction irréversible de dizaines ou de centaines d’hectares de terres agricoles et de milieux naturels ?
Peut-être qu’un peu de patience est aussi un choix de société.
Accepter de mettre quelques minutes supplémentaires pour traverser un territoire, ce n’est pas nécessairement refuser le progrès. C’est peut-être simplement considérer que le temps gagné aujourd’hui ne doit pas se traduire par un patrimoine naturel et agricole perdu pour plusieurs générations.
L’aménagement de l’existant pourrait ainsi constituer un compromis plus équilibré entre les différents enjeux du territoire : mobilité, sécurité, coût économique, consommation de terres agricoles, préservation des paysages et protection de la biodiversité.
Il ne s’agit pas de refuser toute évolution de l’axe Rodez–A75. Il s’agit de rechercher le meilleur compromis possible entre les besoins de déplacement et la préservation de ce qui fait la valeur de notre territoire.
Je suis favorable à ce que l’on aménage et optimise l’existant avant de consommer de nouveaux espaces agricoles et naturels.
Construire une route ne consiste pas seulement à poser de l’asphalte.
C’est modifier durablement un paysage, fragmenter des habitats, perturber les déplacements de la faune, artificialiser des sols et parfois condamner ou fragiliser des exploitations agricoles.
Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les paysages que nous considérons aujourd’hui comme « naturels » sont aussi le résultat de plusieurs siècles d’interactions entre l’Homme, l’élevage et les milieux naturels.
La question n’est donc pas simplement : « Avons-nous besoin d’une meilleure route ? »
La véritable question est : « Avons-nous besoin de cette route, sous cette forme, avec ce niveau d’artificialisation et ces conséquences pour notre territoire ? »
Le développement d’un territoire ne devrait pas se faire contre son agriculture, ses paysages et sa biodiversité.
Il devrait se construire avec eux.